Traileurs et triathlètes : intégrer l'apnée à sa préparation

Vivien Richard
Coach · Moniteur et entraîneur d'apnée CMAS · BPJEPS Apnée
Mis à jour le
·
5
mins

Vous êtes traileur ou triathlète et l'idée d'ajouter l'apnée à votre préparation vous intrigue ? Cet article passe du « pourquoi » au « comment ». Là où notre guide sur l’apnée au service des sportifs explique les bénéfices, celui-ci se concentre sur l'intégration concrète : quelles séances, à quelle fréquence, et avec quelles précautions. Un préalable, développé dans notre article sur la VO2max : l'apnée affine une préparation, elle ne remplace pas l'entraînement d'endurance classique.
Comment intégrer l'apnée à son entraînement ?
Pour un sportif, l'apnée s'ajoute à l'entraînement existant de deux manières complémentaires, de la plus sûre à la plus avancée.
Approche 1 : Pourquoi commencer par le travail à sec ?
C'est l'entrée la plus simple, la plus sûre, et celle par laquelle tout sportif devrait commencer. Il s'agit de séances de rétention réalisées au repos, hors de tout effort, comme décrites dans notre guide de l'apnée à sec. Leur grand avantage : elles développent la tolérance au CO2 et renforcent les muscles respiratoires sans ajouter de fatigue aux jambes, ce qui les rend faciles à caser dans une semaine d'entraînement chargée.
Une à deux séances par semaine suffisent, les jours de récupération par exemple.
Elles se pratiquent allongé ou assis, dans le calme, sans matériel.
Elles n'interfèrent pas avec vos séances de course ou de vélo, puisqu'elles ne sollicitent pas les jambes.
Pour un sportif d'endurance, le travail à sec est le meilleur rapport bénéfice/risque : des gains respiratoires réels, sans fatigue supplémentaire ni danger particulier. C'est là qu'il faut commencer.
Approche 2 : Peut-on faire de l'apnée pendant l'effort ?
Plus avancée, cette approche consiste à intégrer de courtes phases de rétention pendant l'activité elle-même. La forme la plus documentée et la plus raisonnable se pratique à l'échauffement, à basse intensité.
Comment pratiquer les foulées en apnée à l’échauffement ?
Pendant l'échauffement, en marchant ou en trottinant doucement, on expire puis on retient son souffle sur quelques pas ou quelques foulées, jusqu'à ressentir une envie modérée de respirer. On relâche ensuite et on récupère en quelques respirations calmes avant de recommencer. L'idée n'est jamais d'aller à la limite, mais de solliciter doucement la tolérance au CO2 dans un contexte de mouvement.
Règle absolue : ces apnées à l'effort se font à basse intensité, à l'échauffement, et jamais au point de se sentir mal. Si vous devez ouvrir grand la bouche pour récupérer, c'est que vous êtes allé trop loin.
Quelles précautions spécifiques pour un sportif d'endurance ?
Ce point est essentiel et souvent ignoré. Être très en forme n'immunise pas contre les risques de l'apnée, au contraire.
Pourquoi un cœur lent augmente-t-il le risque en apnée ?
Les sportifs d'endurance très entraînés ont souvent un rythme cardiaque de repos très bas. Or l'apnée ralentit encore le cœur. Cette combinaison peut, dans de rares cas, favoriser un malaise, en particulier lors d'apnées statiques prolongées. La bonne condition physique invite donc à plus de vigilance, pas à moins.
Quand ne faut-il jamais faire d'apnée ?
On ne pratique jamais d'apnée en descente technique, à vélo sur route, ou dans toute situation où une baisse d'attention, même brève, pourrait provoquer une chute ou un accident. L'hypoxie légère induite peut diminuer la vigilance : le contexte doit toujours être parfaitement sécurisé.
Pas d'apnée à haute intensité : on reste à l'échauffement ou au repos.
Pas d'apnée dans l'eau sans binôme (rappel valable pour les triathlètes en natation).
Pas d'apnée dans une situation où une chute serait possible.
On respecte les mêmes règles de sécurité que tout apnéiste : voir notre article sur les risques associés à la pratique de l’apnée.
À quoi ressemble une semaine type d'entraînement en apnée ?
Concrètement, un traileur ou triathlète peut ajouter une à deux séances de travail à sec par semaine, les jours légers, plus éventuellement quelques foulées en apnée à l'échauffement d'une séance facile. Le tout sans jamais empiéter sur la qualité des séances clés d'endurance. L'application Apnea Coach propose un travail à sec adapté aux sportifs, pensé pour s'intégrer sans surcharge.
Foire aux questions
Puis-je faire de l'apnée le même jour qu'une grosse séance ?
Le travail à sec, léger, peut se pratiquer même les jours chargés car il ne fatigue pas les jambes. En revanche, évitez les apnées à l'effort le jour d'une séance intense, pour ne pas cumuler les stress.
Le travail en apnée peut-il remplacer un stage en altitude ?
Non. Les effets de type altitude induits par l'apnée sont marginaux, comme nous l'expliquons dans notre article sur les liens entre apnée et VO2max. L'apnée apporte d'autres bénéfices, mais ne reproduit pas un vrai séjour en altitude.
Faut-il un encadrement pour débuter ?
Pour le travail à sec de base, une pratique prudente et bien informée suffit. Pour les apnées à l'effort et toute pratique dans l'eau, un encadrement est vivement recommandé, notamment pour les triathlètes en natation.
En résumé
Intégrer l'apnée à une préparation de trail ou de triathlon repose sur deux approches : le travail à sec (sûr, sans fatigue pour les jambes, à privilégier) et les apnées à l'effort à l'échauffement (avancées, à aborder avec prudence). La vigilance reste de mise, notamment à cause du paradoxe du cœur lent. Pour comprendre les bénéfices, voyez notre article sur l’apnée comme outil de préparation sportive ; pour la sécurité, notre article sur les risques en apnée.
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